Intendance des données

L’intendance des données, c’est le soin apporté aux données que détient un service sur toute leur vie, du premier document qu’il recueille au jour où ce document est détruit. Le gouvernement du Canada traite l’information et les données comme un bien public, gérées comme un actif stratégique, au titre de la Politique sur les services et le numérique et de sa directive. Pour les données d’un seul service, cela se ramène à quatre choses : savoir qui en répond, les garder aptes à l’usage, ne les conserver qu’aussi longtemps qu’elles sont nécessaires, et les transférer en toute sécurité quand le service change. Ces décisions se prennent tôt et sont réexaminées à mesure que le service grandit.

À quoi ressemble la réussite

  • Une personne répond des données que détient le service, et les règles de gestion sont consignées.

  • Les données sont aptes à leur usage : exactes, complètes, et assez récentes pour les décisions qu’elles soutiennent.

  • Seules les données dont le service a besoin sont recueillies, et elles ne sont conservées qu’aussi longtemps qu’elles sont nécessaires.

  • Chaque période de conservation comporte trois parties : une durée, un déclencheur qui met l’horloge en marche, et un motif.

  • Rien n’est détruit sans l’autorisation de disposition qui le couvre.

  • Les renseignements personnels suivent les règles supplémentaires qui les protègent.

  • Quand le service passe à un nouveau système, les données sont d’abord nettoyées, transférées avec leur sens intact, et vérifiées avant que l’ancien système soit éteint.

  • Les données sont ouvertes par défaut là où elles peuvent l’être, et protégées là où elles doivent l’être.

Pourquoi cela compte

Les données sont la partie d’un service qui survit au logiciel. Une équipe peut remplacer le système et garder les documents : les documents méritent donc plus de soin que le code. Quand la qualité des données glisse, des décisions se prennent sur de l’information erronée, et l’erreur se propage à tous ceux en aval qui s’y fient. Conserver des données plus longtemps que permis, ou les détruire sans autorisation, enfreint les règles dans les deux cas : la Politique sur les services et le numérique et sa directive exigent d’une institution qu’elle gère la qualité des données, fixe des périodes de conservation, et applique un processus de disposition documenté; et en vertu de la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada, aucun document gouvernemental ne peut être détruit sans le consentement écrit du bibliothécaire et archiviste.

À qui revient ce travail

L’intendance des données est partagée au sein de l’équipe, chaque rôle en portant une partie différente :

  • Le bureau de la gestion de l’information du ministère établit les normes et détient les autorisations de disposition; certains ministères nomment un dirigeant principal des données pour diriger ce travail.
  • Développeurs bâtissent le service de façon qu’il saisisse proprement les données, applique les règles de conservation, et puisse exporter les données sans leur faire perdre leur sens.
  • Le responsable opérationnel de l’application décide des données dont le service a besoin, veille à ce que la conservation et la disposition soient fixées avant le lancement, et répond de la qualité des données et de leur élimination licite.

Un regard de plus près

Décider ce qu’il advient des données

Déterminer ce qu’il advient des données d’un service est l’une des tâches les plus souvent oubliées au gouvernement. La règle elle-même est simple. Le processus qui la sous-tend est rarement exposé : un service peut donc arriver à son terme sans que personne sache à qui s’adresser, quoi demander, ni quand. Le travail commence alors pendant qu’on éteint le service, c’est-à-dire au pire moment.

Tout tient au calendrier : les décisions sur les données se prennent tôt, et le nettoyage et le transfert viennent plus tard. Réglez pendant la construction et les années d’exploitation ce qui sera conservé, transféré ou détruit, et retirer ou remplacer le service devient une tâche à dérouler plutôt qu’une course contre la montre à la fin.

Trois étapes du cycle de vie des données à travers la Création, l’Exploitation et le Retrait.
Le mettre en place à la Création, le garder propre pendant l’Exploitation, le transférer ou y mettre fin au Retrait.

1. La règle unique qui gouverne tout cela

En vertu de la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada, aucun document gouvernemental ne peut être détruit sans le consentement écrit du bibliothécaire et archiviste. Ce consentement est une autorisation de disposition : la permission permanente qui permet de détruire un document. Sans une autorisation qui le couvre, rien n’est supprimé, et un service ne peut être ni nettoyé ni fermé selon son propre calendrier. L’autorisation doit exister d’abord, ou être demandée et accordée.

2. Une autorisation est-elle déjà en place?

Une autorisation se rattache à un ministère et à un type de document, non à un projet en particulier : il se peut donc qu’il y en ait déjà une. Dans les deux cas, le bureau de la gestion de l’information (GI) le confirme.

Demandez d’abord au bureau de la GI : habituellement les documents sont déjà couverts; parfois il faut demander une nouvelle autorisation.
Demandez d’abord au bureau de la GI. Habituellement, les documents sont déjà couverts; parfois, il faut demander une nouvelle autorisation.
  • Habituellement, c’est déjà couvert. Les documents administratifs courants (ressources humaines, finances) relèvent d’autorisations pangouvernementales que chaque ministère détient déjà. Les documents propres au programme peuvent l’être aussi, si le ministère a obtenu par le passé une autorisation pour ce type de document, ou s’ils relèvent d’une autorisation commune pour les dossiers de cas opérationnels. Il n’y a alors rien à demander, seulement à confirmer.
  • Parfois, ce ne l’est pas. Si les documents ne sont véritablement pas couverts, le ministère demande une nouvelle autorisation pour eux, par le bureau de la GI. C’est ici qu’il faut agir tôt : il n’y a aucun délai fixé, et cela peut prendre des mois, parfois des années.

3. Comment régler la question : quand, qui, et quoi demander

Trois choses règlent la question.

  • When. Tôt, en Bêta, avant le lancement du service. Une autorisation n’est jamais refusée : ce n’est donc pas un point de contrôle de type réussite ou échec; le seul risque est le temps que prend une nouvelle, et c’est pourquoi la démarche commence tôt.
  • Who. Bureau de la gestion de l’information (GI). Il détient les autorisations, sait ce qui couvre les documents, et en demande de nouvelles à Bibliothèque et Archives Canada par son centre de liaison.
  • Ce qu’il faut leur demander. Deux questions :

4. Pendant que le service fonctionne : le garder nettoyé

Un service en fonction ne devrait pas simplement accumuler des données jusqu’à sa fermeture. Éliminer les documents à échéance est permis, et cela utilise chaque fois la même autorisation : une autorisation de disposition est une permission permanente, non un billet à usage unique. À mesure que chaque document atteint la fin de sa période de conservation (la durée pendant laquelle il doit être gardé), il peut être détruit au titre de l’autorisation qui le couvre déjà.

  • Documents éphémères. Les versions provisoires, les doublons et les notes de travail sans valeur durable peuvent être détruits à tout moment, au titre d’une autorisation pangouvernementale permanente prévue à cette fin.
  • Documents ayant dépassé leur période de conservation. Une fois la période terminée, l’autorisation existante est le consentement à les détruire.
  • Renseignements personnels. La Loi sur la protection des renseignements personnels exige qu’ils soient éliminés dès qu’ils ne sont plus nécessaires, et au plus tard deux ans après leur dernière utilisation pour décider au sujet d’une personne.

Décider qu’un document n’est plus nécessaire n’est pas la même chose qu’avoir le droit de le supprimer.

Trois parties se partagent le travail, dans l’ordre :

  1. 1

    Le propriétaire des documents approuve qu’une série de documents n’est plus nécessaire.

  2. 2

    Le bureau de la GI confirme qu’une autorisation la couvre, vérifie l’absence d’obligations de conservation ou de demandes d’accès à l’information en cours, la détruit de façon sécuritaire, et consigne ce qui a été fait.

  3. 3

    Le fournisseur exécute la suppression technique, là où le contrat l’exige.

Pour une petite équipe qui exploite un produit acheté, l’élimination ne se fait pas d’elle-même; elle ne se fait que là où le contrat l’exige. Ces obligations appartiennent donc au contrat dès le départ : disposer selon le calendrier, restituer les données, détruire les copies de façon sécuritaire, et démontrer que cela a été fait. Elles forment le calendrier des données d’un bon contrat, établi au moment de l’achat du service.

Pourquoi éliminer les documents au fur et à mesure? Trois raisons.

  • Un Retrait plus petit et plus sûr.

    Moins de données à la fin, c’est moins à migrer, moins à éliminer, et moins de cas où il faut déterminer si une autorisation existe.

  • Conformité en matière de vie privée.

    Conserver des renseignements personnels au-delà de leur période de conservation est en soi un problème au regard de la Loi sur la protection des renseignements personnels.

  • Une cible plus petite.

    Les données conservées sont des données à protéger. (Le coût de stockage peut compter aussi, mais seulement là où le contrat facture à l’usage; à tarif fixe, l’économie est surtout une réduction du risque.)

5. Quand le service est remplacé ou retiré

Retirer ou remplacer un service passe par ses propres étapes : évaluer, décider, planifier, puis transférer. Le travail sur les données se répartit entre elles.

  • La décision se prend à l’étape de la planification, près du début. Pour chaque série de documents, choisissez si elle est migrée vers le nouveau système, transférée à Bibliothèque et Archives Canada, ou détruite au titre d’une autorisation existante. Le plan de migration en dépend, parce qu’il ne peut pas être établi sans savoir ce qui peut être détruit et ce qui doit être conservé.
  • Le transfert vient plus tard, à mesure que l’ancien service s’éteint, et ne se termine qu’une fois le nouveau service en fonction.
Diagramme annoté : la décision sur les documents à la planification, pendant que l’ancien et le nouveau service se chevauchent à mesure que l’ancien s’éteint.
La décision sur les documents se situe à l’étape de la planification, tôt. Le transfert se fait à mesure que l’ancien service s’éteint.
  • Menez la migration des données comme un projet distinct, avant le démantèlement. Les guides de démantèlement ministériels amorcent la migration séparément et retiennent la fermeture jusqu’à ce qu’elle soit terminée.
  • Décidez tôt. Les données conservées au-delà du besoin coûtent en stockage et en effort : plus tôt on décide ce qui part, moins on en transporte dans le transfert.

Les documents conservés sont d’abord nettoyés, parce que corriger la qualité avant une migration coûte moins cher qu’après, et transférés avec leur sens intact. Les documents détruits le sont de façon sécuritaire. Rien n’est détruit sans l’autorisation qui le couvre.

6. À qui vous parlez

  • Bureau de la gestion de l’information (GI) — détient les autorisations, sait ce qui couvre les documents, en demande de nouvelles, suit le calendrier, et exécute et documente l’élimination. Premier appel.
  • Bureau de l’AIPRP ou de la protection de la vie privée — pour l’obligation, en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels, d’éliminer les renseignements personnels à temps.
  • Bibliothèque et Archives Canada, par son centre de liaison — là où le ministère demande une nouvelle autorisation, par l’entremise du bureau de la GI.

Comparaison

Deux façons de prendre soin des données

Pax

Voici Pax, gestionnaire de service. L’équipe a traité les données du portail de subventions comme un bien dont on prend soin :

  • a nommé une personne responsable
  • a fixé une période de conservation pour chaque type de document (une durée, un déclencheur, un motif), en partant des Outils générique d’évaluation de Bibliothèque et Archives Canada
  • a gardé les données propres, en corrigeant doublons et erreurs à mesure
  • au remplacement du portail, a migré les données avec leur sens intact et éliminé le reste selon le calendrier

Le résultat : des documents fiables, des décisions prises sur de bonnes données, et une élimination licite.

À quoi ressemble l’intendance des données à chaque phase

Le travail sur les données change de forme au fil de la vie d’un service.

La plupart des décisions sur les données coûtent le moins cher au départ. L’équipe décide des données dont le service a besoin et n’en recueille pas davantage, nomme qui en répond, et fixe une période de conservation pour chaque type de données (une durée, un déclencheur, un motif), en partant des Outils générique d’évaluation de Bibliothèque et Archives Canada. Le service est conçu pour que les données soient saisies proprement et puissent être exportées plus tard, et les règles de qualité et les normes de métadonnées sont choisies dès maintenant. Si les données comprennent des renseignements personnels, les exigences de protection de la vie privée s’ajoutent.

Les instruments officiels derrière intendance des données

Tout ce que ce sujet apporte d’officiel, et à quel moment de la vie d’un service chaque élément survient. Le détail complet, y compris qui fait le travail et ce que le responsable opérationnel fait personnellement, se trouve dans le tableau de la page d’accueil.

  • Répertoire des services du GCEvery servicesourceInscrire

    Le registre pangouvernemental des services qui existent, des personnes qu’ils servent, de leur degré de numérisation, et du volume qu’ils traitent. Ses 70 champs publiés ne comportent rien sur la criticité, le rétablissement ou la continuité.

    • StabilisationSoumettre
    • MaturitéTenir à jour
    • RetraitClore
  • Gestion du portefeuille d’applications (GPA)Every serviceInscrire

    Le registre des applications derrière les services, cotées selon la valeur opérationnelle, l’état technique, le coût de soutien et la criticité, et classées en tolérer, innover, atténuer ou éliminer. C’est ici que la criticité est réellement consignée, puisque le répertoire des services n’a pas de champ pour cela.

    • StabilisationSoumettre
    • MaturitéTenir à jour
    • RetraitClore
  • Autorisation de conservation et de disposition des documentsEvery servicesourceInscrire

    Le consentement écrit de Bibliothèque et Archives Canada sans lequel aucun document gouvernemental ne peut être détruit. L’autorisation est une permission de disposer. Elle n’ordonne à personne de disposer, et elle ne fixe pas les périodes de conservation; c’est le calendrier propre au ministère qui le fait.

    • AlphaRassembler
    • BêtaRemplir
    • MaturitéTenir à jour
    • RetraitClore
  • Systèmes qui gèrent l’information et les donnéesEvery servicesourceObligation permanente

    Un ensemble de choses que tout système détenant de l’information gouvernementale doit pouvoir faire : appliquer les règles de conservation et de disposition d’une façon vérifiable, porter des métadonnées, prendre en charge les structures de classification du ministère, fonctionner avec d’autres systèmes, et exporter en bloc dans des formats ouverts.

    • AlphaRassembler
    • BêtaVérifier
    • RetraitClore
  • Préparation à l’accès à l’information, et l’obligation de documenterEvery serviceObligation permanente

    Tout ce que le service consigne peut être demandé par une demande d’accès, et les décisions ayant une valeur opérationnelle doivent d’abord être documentées. Cela façonne ce qui est consigné, ce que le système conserve, et la possibilité de retrouver et de communiquer les documents quand quelqu’un le demande.

    • AlphaRassembler
    • BêtaRemplir
    • MaturitéTenir à jour
  • Publication proactiveOnly ifDéclaration

    Une publication qui se fait sans que personne le demande, en vertu d’une obligation légale. Pour un service numérique acquis, celles qui s’appliquent sont les contrats de plus de 10 000 $, les subventions et contributions de plus de 25 000 $, et les titres des documents d’information.

    • BêtaSoumettre
    • MaturitéTenir à jour
  • Données ouvertes et information ouverteEvery serviceDéclaration

    L’attente voulant que les données et l’information ayant une valeur opérationnelle soient diffusées ouvertement par défaut, dans des formats réutilisables, à moins que quelque chose de précis l’empêche. Info Source décrit séparément l’information que détient l’institution.

    • AlphaVérifier
    • MaturitéTenir à jour

Pour aller plus loin

Chaque source derrière cette page est énumérée avec ses liens dans le bloc Sources ci-dessous. Pour voir comment ce service s’inscrit dans le portrait pangouvernemental, la Stratégie relative aux données de 2023-2026 pour la fonction publique fédérale expose où le gouvernement fédéral mène la gouvernance des données et les attentes qui en découlent pour votre ministère. Pour une courte introduction en langage clair à l’idée elle-même, « Intendance des données : introduction » de Statistique Canada explique la différence entre gouvernance et intendance des données et ce que fait concrètement un intendant des données. Et si vous voulez la source des idées FAIR que la page effleure, les principes FAIR de l’initiative GO FAIR exposent chaque principe pour que vos données restent repérables et réutilisables quand elles sont partagées.

Voir aussi

Les hypothèses de cette page

Vous travaillez déjà selon les Normes relatives au numérique du gouvernement du Canada : concevoir avec les utilisateurs, itérer et améliorer fréquemment, travailler ouvertement, utiliser des normes et des solutions ouvertes, gérer les risques en matière de sécurité et de protection des renseignements personnels, intégrer l’accessibilité dès le début, permettre au personnel d’offrir de meilleurs services, être de bons gestionnaires de données, concevoir des services éthiques et collaborer largement, ainsi que selon la loi en matière de protection des renseignements personnels, de sécurité, de langues officielles et d’accessibilité. Les normes précisent comment le gouvernement travaille dans le monde numérique. Les six compétences numériques du gouvernement du Canada précisent ce que chaque fonctionnaire doit être capable de faire pour travailler ainsi, et la page sur l’équipe les présente. Le présent guide s’appuie sur elles.